L’impact de la lombalgie sur les patients et les coûts de la santé

31 janvier 2022 | commentaire(s) |

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La lombalgie est une affection très répandue, qui regroupe les douleurs de la région du dos. En général, ces douleurs ne sont pas graves et disparaissent rapidement. Pourtant, les dépenses liées à ce problème de santé publique sont importantes. Le Groupe Mutuel s’est engagé pour cette thématique, en collaborant au projet mené par l’institut de médecine de famille de l’hôpital universitaire de Zurich. Sous la houlette du Professeur Rosemann, cette étude avait pour objectif d’analyser les traitements de la lombalgie diagnostiquée par imagerie médicale et leurs coûts.

Vous pouvez retrouver les résultats de ces recherches en détails, dans les publications du Journal of Pain Research et The European Journal of Health Economics.

Contexte

La lombalgie est une affection musculo-squelettique qui touche environ 80 % de la population, au moins une fois dans sa vie.

Elle se présente sous forme d’une douleur dans le bas du dos (région des lombaires) qui complique les mouvements au quotidien. Les causes ne sont pas toujours identifiables et peuvent provenir d’autres troubles pourtant éloignés (par ex. anxiété, dépressions).

Caractéristiques et coûts pour les patients diagnostiqués par imagerie médicale

L’imagerie médicale est utilisée pour poser ou confirmer un diagnostic. Elle se décline sous différentes formes, plus ou moins plébiscitées pour l’imagerie du bas du dos:

  • la radiographie standard – 32,5% des patients
  • l’IRM – 44,3% des patients
  • le CT-scan (scanner) – 11,5% des patients

Dans leurs études, les auteurs observent que l’IRM et la radiographie sont les méthodes d’imagerie les plus utilisées et qui occasionnent, de ce fait, les coûts de santé les plus importants.

Sans tenir compte du type d’imagerie médicale, les coûts de santé annuels par patient s’élèvent à CHF 8'722.- (coût AOS bruts). Il s’agit d’une moyenne sur les quatre années d’observation, à savoir un an avant la réalisation de l’imagerie, l’année de l’imagerie et deux ans après. Les coûts les plus bas sont associés aux patients ayant eu recours à la radiographie uniquement, alors que les coûts les plus élevés sont associés aux patients ayant eu recours à la fois à la radiographie et au CT-scan.

Les coûts des services médicaux sont les plus hauts pour les assurés qui font un CT-scan et les plus bas pour les assurés qui font une radiographie. Cela peut probablement s’expliquer par le fait que, parmi les patients examinés, ceux qui ont subi un CT-scan présentent le plus souvent d'autres pathologies pertinentes. Les coûts les plus bas pour les services médicaux sont associés au fait de vivre hors de la Suisse romande et de bénéficier d’un modèle alternatif d’assurance.

Concernant les médicaments antidouleurs seulement, les coûts individuels pour les analgésiques durant l’année de réalisation de l’imagerie vont de CHF 105.10.- (patients ayant fait une radiographie) à
CHF 193.67.-
(patients ayant fait une radiographie et un CT-scan).

Globalement (tous âges confondus), les coûts occasionnés par des patients souffrant de lombalgie, et qui ont bénéficié d’une imagerie médicale, dépassent de 72% ceux des patients qui n’ont pas de douleurs au dos. On remarque des rapports entre certains facteurs et un accroissement ou une diminution des coûts:

  • Les franchises basses et le modèle d’assurance de base sont associés à des coûts plus élevés.
  • Les modèles de soins intégrés semblent être les modèles les plus économiques.
  • Les comorbidités influencent de façon variable les coûts et d'autres études seraient nécessaires pour examiner leur interaction complexe avec les coûts des soins de santé chez les patients souffrant de lombalgie.

Les traitements de la lombalgie

Les lombalgies se soignent par des traitements médicamenteux (anti-inflammatoires non stéroïdiens, paracétamol, opioïdes) ou paramédicaux (physiothérapie, chiropractie), qui sont régulièrement associés. Mais les traitements paramédicaux semblent être d’abord un complément aux médicaments, plutôt qu’une alternative.

Selon l’étude, 85.3% des patients ont reçu au moins un traitement pharmacologique contre la douleur (anti-inflammatoires non stéroïdiens, paracétamol ou opioïdes) au cours de la période d’observation et  9.3% des patients pendant les 4 années d’observation, c'est-à-dire avant et après la réalisation de l’imagerie.  A noter que les traitements pharmacologiques contre la douleur étaient plus souvent administrés à des patients qui avaient cumulés différentes imageries médicales, qu’à ceux qui n’avaient été soumis qu’à une seule imagerie médicale. Le tableau ci-dessous affiche ces tendances. De même, l’étude a montré que la fréquence des traitements pharmacologiques augmente après l’examen par imagerie médicale (ceci vaut pour tous les types de traitements).

Tableau : Proportions de patients qui utilisent des traitements anti-douleurs par rapport aux autres, en fonction du nombre d’imagerie.

Il est important de remarquer que les traitements opioïdes (dont une part importante sont des opioïdes forts) sont aussi souvent prescrits en cas de lombalgie aiguë, bien que leur efficacité n’ait pas été démontrée de façon probante et qu’ils peuvent causer des effets secondaires nocifs, notamment en matière d’addiction. L’imagerie médicale semble ainsi être un facteur de consommation pharmacologique.

Mais encore

L’étude présentée ici a permis de mieux évaluer les conséquences du mal du dos pour les patients ainsi que les coûts pour l'assurance maladie. Elle montre que le mal de dos génère beaucoup d’interventions médicales, aussi bien au niveau du diagnostic que du traitement, et que les coûts de santé liés aux lombalgies impactent sévèrement les coûts de la santé. Ces résultats mettent donc en évidence l’importance des mesures de prévention et des initiatives en faveur de la qualité des soins, pour éviter notamment les soins inappropriés (voir, par exemple les recommandations de la campagne Smarter Medecine). 

Objectifs et méthodologie

L’étude a pour objectif de déterminer les caractéristiques des patients souffrant de lombalgies et ayant bénéficié d’une imagerie médicale, ainsi que les coûts de santé de ces patients.

  • Ont également été analysés: les coûts des analgésiques, de la co-médication associés aux lombalgies et des services médicaux.
  • Les chercheurs ont sélectionné les patients qui ont fait une imagerie du bas du dos en 2016 ou 2017 (environ 10% des assurés) et pour lesquels on considère qu’une lombalgie a été diagnostiquée.
  • Puis ils ont analysé les prestations et les coûts en lien avec la lombalgie un an avant et deux ans après la pose du diagnostic (la réalisation de l‘imagerie). Les coûts de santé de ce groupe ont été comparés à ceux d’assurés ne souffrant pas de lombalgie.
  • La période d’étude se situe de 2015 et 2019, soit une année avant l’imagerie médicale et deux ans après.

Geneviève  Aguirre-Jan

A propos de l’auteur

Secrétariat général, Veille législative

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